Racheter un fonds de commerce à Paris : les chiffres à vérifier avant de signer
Prix publiés au BODACC à Paris, comptes, bail, droits d’enregistrement, salariés, préemption de la Ville : ce qu’un repreneur doit chiffrer avant de signer.
Par Nathan Metral, expert-comptable 8 min de lecture
Vous avez trouvé une affaire : un restaurant, une boulangerie, un salon, une boutique. Le vendeur annonce un prix, un chiffre d’affaires, parfois un « bénéfice ». Avant de signer, une seule question compte : ce prix se justifie-t-il par ce que le fonds rapporte, et que coûtera réellement la reprise ? Cet article reprend, dans l’ordre, les chiffres à vérifier, avec les repères de prix que notre observatoire des cessions tire des annonces officielles.
Le prix demandé, face aux prix réellement publiés à Paris
Chaque vente de fonds de commerce est publiée au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC), avec le prix stipulé dans l’acte. Nous avons rassemblé ces annonces. À Paris, 5 259 ventes ont été publiées entre le 1er septembre 2023 et le 31 août 2026, toutes activités confondues :
- montant médian : 150 000 € (la moitié des ventes en dessous, la moitié au-dessus) ;
- la moitié centrale des montants va de 53 000 € à 346 662 € ;
- un montant sur dix est publié sous 20 000 €, un sur dix au-dessus de 711 686 €.
L’écart est encore plus net d’un métier à l’autre :
| Activité à Paris | Ventes publiées | Montant médian | Moitié centrale |
|---|---|---|---|
| Restaurant | 1 573 | 230 000 € | 125 000 € – 395 000 € |
| Restauration rapide | 690 | 110 425 € | 60 000 € – 200 000 € |
| Boulangerie-pâtisserie | 271 | 300 000 € | 115 000 € – 530 000 € |
| Coiffure | 179 | 45 000 € | 22 000 € – 98 500 € |
| Prêt-à-porter | 114 | 79 500 € | 30 000 € – 200 000 € |
| Débit de boissons | 67 | 180 000 € | 100 000 € – 262 500 € |
Source : BODACC, annonces de ventes de fonds de commerce publiées à Paris du 1er septembre 2023 au 31 août 2026, traitées par l’observatoire Emet Expertise. Toutes les activités et la répartition par tranche de prix sont sur la page Paris de l’observatoire.
Ces chiffres situent une annonce ; ils ne disent pas ce que vaut votre affaire. Un fonds à 300 000 € peut être bon marché s’il dégage une rentabilité solide sur un bail long, et cher s’il vit d’un chiffre d’affaires en baisse sur un bail qui s’achève. À Paris, le troisième quartile des montants publiés vaut 6,5 fois le premier : c’est l’étalement des prix publiés, pas une fourchette de négociation.

Les comptes : ce que le vendeur doit montrer, et ce qu’il faut demander
Depuis 2019, l’acte de vente n’a plus à reproduire les chiffres d’affaires et les résultats des trois derniers exercices. La loi prévoit seulement que, le jour de la cession, les parties visent un document retraçant le chiffre d’affaires mois par mois depuis la clôture du dernier exercice, et que le vendeur mette ses livres des trois derniers exercices à disposition de l’acquéreur, sur demande, pendant trois ans. Autrement dit, c’est à vous de demander les comptes avant de signer. Les documents à réunir :
- les trois derniers bilans et comptes de résultat, avec leurs annexes ;
- le chiffre d’affaires mensuel de l’exercice en cours, pour voir la tendance ;
- les déclarations de TVA, qui recoupent le chiffre d’affaires déclaré ;
- l’état du personnel (contrats, salaires, ancienneté, congés acquis) ;
- les contrats en cours : fournisseurs, crédit-bail, abonnements, licences.
L’analyse porte ensuite sur ce que le fonds rapporte vraiment : un résultat retraité de la rémunération du dirigeant, des charges exceptionnelles, des loyers anormaux, de ce qui ne se reproduira pas après votre arrivée. C’est ce chiffre, pas le chiffre d’affaires, qui dit si le prix se rembourse.
Le bail commercial : ce qui fixe l’emplacement
À Paris, une part du prix paie l’emplacement, et l’emplacement tient au bail commercial. À vérifier dans le bail :
- la durée restante et la date du prochain renouvellement ;
- le loyer, ses révisions et le montant du dépôt de garantie ;
- la destination : l’activité que vous voulez exercer est-elle autorisée ?
- les clauses de cession : le bail ne peut pas interdire sa cession à l’acquéreur du fonds, mais il peut imposer des formalités (agrément, acte en présence du bailleur) ;
- la garantie du cédant : si le bail prévoit que le vendeur garantit le paiement des loyers après la cession, le bailleur ne peut l’invoquer que pendant trois ans.
Les frais qui s’ajoutent au prix
Le prix n’est pas le coût. S’y ajoutent :
- les droits d’enregistrement, en principe à la charge de l’acquéreur : tous prélèvements confondus, 0 % jusqu’à 23 000 €, 3 % de 23 000 € à 200 000 €, 5 % au-delà. Pour un fonds à 150 000 €, cela représente 3 810 €. L’acte doit être enregistré dans le mois de sa date ;
- les frais de rédaction de l’acte et de publication (journal d’annonces légales et BODACC, dans les quinze jours de la vente) ;
- le stock, qui se paie souvent en plus du prix du fonds ;
- le fonds de roulement des premiers mois et les éventuels travaux de mise aux normes.
Pour additionner ces postes sur votre prix et voir la mensualité du prêt, utilisez notre calculateur du coût d’un rachat de fonds de commerce.
Le prix lui-même reste bloqué chez un séquestre : pendant les dix jours qui suivent la dernière publication, les créanciers du vendeur peuvent former opposition. Le vendeur ne touche donc pas le prix le jour de la signature, ce qui est normal.
Les salariés et les obligations qui suivent le fonds
- Les contrats de travail en cours passent au repreneur (article L1224-1 du code du travail), avec l’ancienneté et les congés acquis. Ils font partie du prix réel.
- L’information préalable des salariés : dans les entreprises qui n’ont pas l’obligation de mettre en place un comité social et économique aux attributions élargies, le vendeur doit informer les salariés au plus tard un mois avant la vente, pour leur permettre de faire une offre (délai en vigueur depuis la loi du 26 mai 2026).
- La solidarité fiscale : l’acquéreur peut être tenu, dans la limite du prix, de l’impôt sur les bénéfices du vendeur, notamment pour l’année de la cession. C’est une raison de plus pour laisser le prix au séquestre le temps des vérifications.
- Les débits de boissons : l’exploitant doit détenir un permis d’exploitation obtenu après une formation, et la mutation de la licence se déclare en mairie au moins quinze jours à l’avance.

Paris : le droit de préemption de la Ville
Dans certains quartiers, la Ville de Paris peut racheter le fonds à votre place. Le périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat en vigueur depuis août 2024 couvre les 5e et 6e arrondissements et certaines rues du 7e. Dans ce périmètre, le vendeur doit déposer une déclaration préalable avant la vente, sous peine de nullité ; le silence de la Ville pendant deux mois vaut renonciation. Ce délai se prévoit dans le calendrier du compromis.
Ce que le cabinet peut faire
Deux missions répondent à cette situation :
- l’audit d’acquisition : nous relisons les comptes du vendeur, retraitons la rentabilité, pointons les risques (bail, salariés, dettes, stock) et chiffrons le coût complet de la reprise. Le détail est sur notre page audit d’acquisition ;
- l’évaluation du fonds : une valeur argumentée, à partir des comptes et des prix publiés pour le même métier, utile pour négocier ou pour présenter le dossier à une banque. Voir évaluation d’un fonds de commerce.
Si vous vous installez à Paris, nous suivons aussi la comptabilité et la fiscalité de l’entreprise après la reprise ; notre page expert-comptable à Paris présente cet accompagnement. Pour parler de l’affaire que vous regardez, prenez rendez-vous avec le cabinet, de préférence avant la signature du compromis.
Article rédigé par Nathan Metral, expert-comptable et fondateur d’Emet Expertise. Découvrir le cabinet.
Sources officielles
- Prix publiés : BODACC, Direction de l’information légale et administrative, Licence Ouverte 2.0 ; traitement : observatoire des prix de cession
- Droits d’enregistrement (articles 719, 1584 et 1595 du CGI) : bofip.impots.gouv.fr · enregistrement dans le mois : bofip.impots.gouv.fr
- Publication de la vente (article L141-12 du code de commerce) : legifrance.gouv.fr
- Opposition des créanciers (article L141-14 du code de commerce) : legifrance.gouv.fr
- Chiffre d’affaires visé et livres comptables (article L141-2 du code de commerce) : legifrance.gouv.fr
- Information préalable des salariés (article L141-23 du code de commerce) : legifrance.gouv.fr
- Cession du bail et garantie du cédant (articles L145-16 et L145-16-2 du code de commerce) : legifrance.gouv.fr
- Transfert des contrats de travail (article L1224-1 du code du travail) : legifrance.gouv.fr
- Solidarité fiscale de l’acquéreur (article 1684 du CGI) : legifrance.gouv.fr
- Droit de préemption commercial (article L214-1 du code de l’urbanisme) : legifrance.gouv.fr · périmètre parisien : paris.fr
- Permis d’exploitation des débits de boissons (article L3332-1-1 du code de la santé publique) : legifrance.gouv.fr
Les prix cités sont des montants publiés, pas des évaluations. Les règles citées sont celles en vigueur à la date de publication : vérifiez toujours la version à jour sur les sources officielles, ou rapprochez-vous de votre cabinet.
Cet article est fourni à titre informatif et à jour à sa date de publication. Il ne constitue pas un conseil personnalisé. Pour étudier votre situation, contactez le cabinet.